Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

Koudougou, lève-toi et marche !

Pour mieux comprendre cette petite ville dans laquelle je vais passer les prochains mois, je me permets de vous faire partager un article paru en octobre 2008 dans un quotidien internet burkinabè, Le Pays. Son auteur, Bouabani Jonathan Tompoudi, est un habitant très préoccupé par le devenir de sa ville. Et comme qui aime bien châtie bien, comme il le dit lui-même, il n’a pas hésité à envoyer une lettre à son journal où il relève ce qui semble être pour lui les “plaies” de Koudougou et où il dresse un portrait sans complaisance de la 3e ville du Burkina, Koudougou.

Situé à 97 km de la capitale Ouagadougou, le chef-lieu de la Région du Centre-ouest dispose de divers atouts à même d’insuffler un véritable décollage économique de cette ville. Koudougou, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, ne manque pas d’arguments pour occuper une place prépondérante et devenir une cité quasi incontournable au BF. Ces atouts l’ont hissé au rang de 3e ville du Burkina, toutes choses qui donnent une logique fierté à la population. Rien d’anormal en cela ! Mais cela suffit-il ? Faut-il dormir sur ses lauriers parce que Koudougou, ville natale du premier président du Burkina Faso, est celle qui détient la médaille de bronze ? Je crois que c’est la pire des erreurs à ne pas commettre. Pour le dire dans les termes de cette sentence populaire, “c’est bon, mais c’est pas arrivé”.

Les potentialités de la ville

A bien voir, la ville fourmille de potentialités non négligeables pour, non seulement mériter cette place, mais surtout faire mieux en quittant ce rang vers d’autres sphères plus élevées. Cela est bien possible eu égard aux avantages dont cette ville regorge. Entre autres, nous pouvons brosser un éventail d’atouts sur divers plans. La présence depuis des années de SITARAIL constitue un immense avantage pour la ville qui lui permet d’effectuer de différents échanges commerciaux pour son développement. Même si, hélas, la disparition de Faso Fani, usine qui faisait de Koudougou le poumon économique, a été fortement préjudiciable à toute la province, voire le Burkina entier, l’usine FASOTEX, qui tente cahin caha de jouer son leadership (avec à son côté la SOFITEX), n’en est pas moins importante. Cette ville également, grâce aux villages périphériques de toute la région du Centre-ouest, regorge d’abondants fruits et légumes de très bonne qualité qui pourraient permettre, par le biais d’une bonne organisation, une exportation massive via le train vers l’intérieur du Burkina et même à l’extérieur. Voyons ! Il y a des périodes de l’année où l’on trouve des oignons, légumes, tomates…à foison, à telle enseigne qu’on en vend de gros tas à des sommes très modiques, pendant que tous ces aliments sont rares, voire inexistants dans d’autres villes. Si on ne peut pas les exporter vers des pays où on peut les vendre très cher (au Gabon par exemple où un seul oignon vaut 100 à 200 F CFA), autant implanter des usines de collecte et de transformation de ces denrées, ce qui sera une autre plus-value pour la ville et le Burkina tout entier. Voilà que cette abondance agricole est un coefficient de mesure d’autosuffisance alimentaire et de développement tous azimuts.

La ville peut se targuer aussi d’avoir à son actif l’Ecole normale supérieure (ENS), l’Université et autres infrastructures administratives qui jouent de grands rôles de formations professionnelles et académiques de plusieurs cadres au Burkina Faso. La tenue ponctuelle, dans cette ville, de manifestations culturelles comme les NAK, prouve qu’elle a les arguments nécessaires pour booster son économie. Tous ces trésors révèlent une mine d’or immense pour un décollage digne de ce nom de Koudougou. Voilà en vrac, quelques atouts, qui peuvent, si tout est bien organisé, insuffler un développement de tous les superlatifs et faire de la cité des Yaméogo, Zongo et autres Zagré, une ville mastodonte au Burkina Faso. Mais, avoir des atouts est une chose et savoir les exploiter à bon escient afin de maintenir le cap au milieu de cette compétition de modernisation, en est une autre. Les enjeux du développement, sortis du lot à l’occasion de la régionalisation, militent pour que la ville natale du premier président change son fusil d’épaule.

Mais qu’en est-il exactement ?

Au regard de ses nombreux avantages susmentionnés, on est tenté de dire que si Koudougou ne se réveille, d’autres villes raviront la vedette de son rang de 3e ville (si ce n’est déjà fait). A l’heure où certaines se modernisent à la vitesse d’un avion à réaction, la ville de Koudougou semble se complaire à traîner le pas à l’allure d’un homme avec sa charrette à traction asine qui part pour ramasser du sable. C’est un peu cet exemple de la tortue qui, lors d’une compétition de course, se glorifiant de sa taille et de sa carapace cossue qui la protège des orages et cataclysmes extérieurs, (ce qui est moins le cas de son challenger l’escargot), s’en contente allègrement si bien que l’escargot, reconnu champion du monde de course de lenteur, la dépasse, arrive à destination et remporte la compétition. Elle qui ne s’attendait pas à un tel scénario, arrive dernière et trouve que la porte lui est fermée. Ceux qui viennent tard à table ne trouvent que des os. Toute médusée, c’est avec vifs regrets qu’elle retourna chez elle et raconta sa mésaventure. C’est la logique des choses, car un petit qui marche va plus loin qu’un grand assis. Cette histoire doit nous donner matière à réfléchir. Il y a certes des avancées à Koudougou comme la poussée de quelques buildings visibles ça et là, mais cela ne suffit pas ; une hirondelle ne fait pas le printemps. Pour un modernisme de bon aloi, j’appelle de mes vœux le désenclavement intérieur de la ville.

Les secteurs enclavés avec des voies impraticables

La véritable plaie reste le manque criard de caniveaux dans presque tout Koudougou, ce qui offre un spectacle ahurissant pendant la saison hivernale. Pour une ville qui s’étend à perte de vue, l’un des rares lieux qui a des caniveaux reste l’alentour du marché et son prolongement sur la route de Ouaga-Dédougou. Dans tous les cas, cela se compte sur les doigts d’une main. C’est certainement par manque de caniveaux que, la nature ayant horreur du vide, les eaux pluviales, ne sachant où ruisseler, envahissent les cours des ménages et menacent les maisons d’habitation. Elles osent même s’octroyer le luxe de narguer la population, en creusant d’elles-mêmes leurs trous de passage et serpentent toutes les artères de la ville parce qu’elles deviennent maîtresses des lieux. Ces eaux finissent par emprisonner les populations tant la seule alternative est de se cloîtrer chez elles, tellement les quartiers sont inaccessibles et les voies impraticables. Quand il pleut, certains quartiers (comme Sogpelcé, Ipelcé, Dapoya, Bourkina, Zakin et Zangouettin) sont en quarantaine et le constat présente l’image d’une ville éclopée comme si elle venait de subir un raz-de-marée. N’ayant plus de voies d’issues, ces eaux stagnent pendant des jours, favorisant ainsi la prolifération des moustiques, avec leur corollaire de maladies diverses comme le paludisme et le choléra.

Après la saison pluvieuse, ces trous offrent le visage d’une ville qui a été touchée par une déformation tectonique. Plusieurs voies accidentées (comme les goudrons coloniaux qui quittent le centre-ville vers l’hôpital) sont également si délabrées qu’il est souvent plus prudent d’emprunter certaines ruelles, au risque d’user son engin au cas où on échappe à la chute. L’on observe également la divagation d’animaux domestiques (en saison pluvieuse et en saison sèche) dans la ville, causant de nombreux accidents de la circulation. Je pense quand même que cela n’est pas digne d’un chef-lieu de région et de surcroît de celle qui se prend pour la 3e ville du Burkina Faso. En tout cas, le moins qu’on puisse dire est que dans plusieurs villes moins développées, on trouve d’assez bons caniveaux. Au regard de cela, certains ont tout de suite conclu (à tort ou à raison) qu’”à l’exception de l’Université (ou l’ENS c’est selon) et de sa proximité de Ouaga, Koudougou n’a plus rien à montrer aux autres villes, et qu’on ne fait pas grand-chose pour son développement”. Vrai ou faux ? ce n’est pas ça qui nous intéresse, mais c’est un signal qui doit amener à se pencher sérieusement sur un développement de grande qualité. Sinon le fait de dire qu’on est 3e ville, est une pure illusion, une idée fallacieuse, une sorte de miroir aux alouettes.

Radio Burkina absente à Koudougou et la télé mal en point

Un autre enclavement qui mérite que l’on s’y appesantisse, c’est le cas des deux chaînes nationales d’informations. A l’heure où l’on crie sur tous les toits du monde que la Radio Télévision du Burkina est sur le satellite (accessible même en Nouvelle Zélande), Koudougou qui est à 97 km de Ouaga n’a toujours pas la radio nationale (RNB) de son pays. Les distances semblent ne pas se réduire pour Koudougou en modulation de fréquence depuis bientôt 50 ans de vie de la radio. Alors que RFI qui est à des milliers de km de nos tropiques, déverse inlassablement ses ondes sur la ville. Quel paradoxe ! Et comme si cela ne suffisait pas, c’est le tour de sa sœur jumelle du même tonneau, la télévision (TNB), de perdre sa vision à Koudougou. Cette étrange lucarne est frappée d’une anomalie de vision, car les images de ce medium de masse, sont subitement brouillées depuis près de 3 mois. Pour y remédier, mes petits esclaves de yadsés, ne percevant plus nettement les images, croyaient que le problème venait de leur appareil. Se prenant pour les plus dégourdis, ils ont dévissé et tripatouillé vainement leur écran cathodique dans tous les sens et les contresens au point de tout escamoter. Mes petits esclaves d’infortunes ne s’arrêtant pas là, sans crier gare, ils se sont empressés d’envoyer leurs vieilles TV chez les réparateurs. Inutile de vous dire que le taux de fréquentation des Yadsés auprès des réparateurs s’est quintuplé. C’est après qu’ils se sont rendus à l’évidence que le problème venait du centre émetteur de Koudougou. (…) A dire vrai, les brouillards d’images qu’offre actuellement la TV à Koudougou, sont des plus mauvaises. On assiste impuissant aux neigeux écrans qui braquent aux yeux tous les jours au point de donner de terribles cécités précoces aux téléspectateurs dont même le port de verres ne saurait être la thérapie idoine. Le ciel de Koudougou serait-il devenu allergique aux différentes ondes des deux sœurs jumelles ? Je n’y crois pas ! Alors, jusqu’à quand ce calvaire d’enclavement durera-t-il pour la grande Koudougou ? La population ne supporte plus. “Ça commence à devenir trop”, s’est exclamé un Koudougoulais. Il faudra y songer illico pour que la situation ne reste pas ad vitam aeternam.

Koudougou, lève-toi maintenant !

Voilà un côté bien peu reluisant de Koudougou. Pour venir à bout de tout cela, il y a lieu que la population tout entière mette le cœur à l’ouvrage pour changer le visage de “la 3e ville du Burkina”. Pourquoi ne pas travailler à lorgner la 2e place aussi, puisqu’il faut toujours tendre à l’excellence et chercher à rivaliser avec celles qui sont devant. C’est bien possible, car la province (ou la Région) regorge d’un florilège de grandes personnalités et de ressources humaines qualifiées (je ne parle pas seulement de la sphère de l’Etat). Cette cheville ouvrière de toutes les strates peut à coup sûr insuffler un changement aboutissant à un véritable développement.

Il ne faut pas tout attendre de l’Etat, des autorités ; chacun peut jouer sa partition. Le développement d’une ville ne peut être le seul apanage des autorités ; c’est l’affaire de tout le monde. Le mal de nos pays, c’est que chacun jette la balle à l’autre tout en se disant qu’”avec le temps, ça va aller”. Quel temps ? Voilà une conception tragiquement erronée de l’action du temps. Le temps est toujours venu défaire ce que l’on doit faire. C’est ce à quoi doit s’atteler avec acharnement l’Action des jeunes pour le développement du Boulkiemdé (AJDB) pour sortir Koudougou et ses environs, des sentes étriquées. Je pense qu’il faut aller au-delà des simples reboisements, aller au-delà du mouvement d’ensemble car les enjeux du développement l’exigent. Alors Koudougou, lève-toi et marche vers une autre image.

A la lecture de cet écrit, il n’est pas exclu de trouver certaines personnes susurrer à peu près ces propos : “Pour qui se prend celui-là qui aime fourrer son nez là où on ne lui demande rien ? D’où vient-il ? Se croit-il sorti des cuisses de Jupiter ?” Non, je ne suis sorti d’aucune cuisse d’une quelconque divinité mythologique. Je souhaite seulement la bonne image et le développement de notre Burkina pour lequel je me bats. Il est vrai, je “ne suis pas” de Koudougou, mais cela n’est pas un alibi pour m’éloigner de ses problèmes existentiels. Ne dit-on d’ailleurs pas que qui aime bien châtie bien ? Je dois alors participer à son développement, bien qu’étant loin de “chez moi” car je reste convaincu qu’un pan du Burkina qui se développe, même situé loin de chez moi, c’est le Burkina qui se développe et par ricochet c’est “chez moi” aussi qui se développe. C’est seulement ce patriotisme qui m’anime.

J’ose espérer que ces exhortations pour que Koudougou se mette en position dans les starting-blocks vers le développement, seront bien perçues et trouveront des oreilles saines et attentives à séjourner, de bonnes terres dans lesquelles elles vont croître et des bonnes fleurs pour porter de bons fruits pour le bien de tous. Ainsi, ne perdons plus de temps et passons à l’acte. Puisque le travail reste le meilleur trésor de réussite, j’embouche la même trompette que Candide dans l’Optimisme qui disait : “Levons-nous et cultivons notre jardin !” C’est à ce prix que nous pouvons faire sortir nos villes des sentiers battus. J’ose croire que je n’aurais pas le regret d’avoir prêché dans le désert. Que Dieu bénisse le Boulkiemdé ! Shalom !”

Bouabani Jonathan TOMPOUDI à Koudougou (tobojo1@yahoo.fr)
Publié le mardi 28 octobre 2008 à l’adresse http://www.lepays.bf/spip.php?article172.

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