Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

il n’y a pas de problème!

J’adore ça, ces salutations à n’en plus finir. Depuis que je suis ici, je passe mon temps à saluer les gens dès que je mets un pied en dehors de la maison: ceux qui passent à pied, en vélo, en mobylette ou tirés pas un âne. Des signes de têtes, des gestes de la main, des bonjours retentissants ou des bonsoirs timides (dès 13h les bonsoirs, par ici…), des sourires ou des tapes dans la main: ici on se salue et j’aime ça! Des charpentiers aux directeurs d’école en passant par la marchande de légumes ou de disques, on commence par se serrer la main, mollement généralement, puis on se demande mutuellement comment on va, une première fois, puis une seconde, juste pour être sûr. Il n’y a pas de problème. Et la même chose quand on se quitte, des poignées de main, des sourires, des remerciements, des courbettes même, voire des mains sur le coeur… C’est agréable, on sent la proximité des gens, l’importance des rapports humains et sociaux, la simplicité des relations interpersonnelles. Je me plie avec bonheur à cette coutume et je récolte sourires et salutations à foison!

Mes journées sont bien occupées avec des réunions de travail le matin, de la correspondance et de la recherche ensuite. Activités entrecoupées du dîner et de la sieste, quand même… Puis nous partons généralement faire quelques commissions en ville: nous partons dans la voiture avec notre chauffeur Maurice puisque nous sommes à l’écart de la ville, dans une rue très tranquille, voire perdue. Et alors commence le ballet des arrêts auprès des marchands épars, afin de comparer les prix ou la qualité des fruits et légumes, ou nous nous rendons dans l’épicerie de la ville, qui ressemble à un dépanneur moyen, pour y trouver de l’huile, du couscous de riz, du dégué et yoghurt pour le matin, ou encore du vin bon marché (dans le sens “pas terrible”). Ici faire son marché est une expédition: chaque chose à acheter est dans un autre étal, dans une autre rue… Nous n’avons pas encore fait le grand marché, celui qui est près de la mosquée, mais cela ne saurait tarder. Hier nous sommes allés au petit marché et c’était déjà savoureux, photos à venir.

Avec Pierre

Comme nous travaillons à partir de la maison, à part aujourd’hui où nous sommes allées visiter l’université, où les étudiants étaient en grève, et quelques écoles primaires (photos à venir aussi, je vous tiens en haleine), je trouve que je sors trop peu, alors samedi je suis partie à pied pour la ville, sous un soleil de plomb, armée de mon nouveau chapeau en paille à larges bord, de ma caméra et de mon sourire. Et j’ai passé près de six heures à marcher, sourire, discuter, découvrir, photographier: c’était un véritable délice! Tassadit se souviendra de ma jubilation dans la forteresse de Jodphur, en Inde, lorsque des hordes de personnes se jetaient devant mon objectif, et bien j’ai ressenti le même plaisir pur: ici les gens sont respectueux et ne me harcèlent pas du tout, contrairement à Ouaga, ils sont chaleureux et accueillants, me hélant parfois tout en étant étonnés de me voir leur répondre, voire de les aborder à mon tour. J’ai reçu deux propositions de mariage, un nombre incalculable de propositions de visites des villages avoisinants et de demandes de mon numéro de téléphone portable: quelle déception, quelle incompréhension quand je leur dis que je déteste ces appareils, ici tout le monde en a un ou plusieurs. Et deux jours après ma petite virée j’ai même reçu une invitation à souper, et celle-là je l’ai acceptée. J’avais vu passer un couple sur un scooter, habillé dans le même tissu, et avec deux jeunes enfants et je les ai trouvé très mignons, alors je me suis approchée pour leur demander si je pouvais les prendre en photo, chose faite. Et ils m’ont demandé une copie de la photo, ce que j’ai promis vu qu’ils avaient une adresse de courriel. Aussitôt dit, aussitôt fait, ce qui les a beaucoup touché et ils m’ont donc invitée en retour. À suivre…

Virée en famille

Et pour conclure, je suis désolée pour ceux et celles qui attendaient impatiemment des nouvelles de ma sortie de danse, mais elle n’a pas eu lieu. Nous sommes effectivement sorties les quatre (Estelle, Maurice, Cyril et moi) vers 21h30 mais il n’y avait évidemment personne, et plutôt que d’attendre minuit pour que ça se remplisse, nous avons décidé d’aller voir un spectacle donné par des étudiants dans un amphithéâtre en plein air, devant lequel nous avions passé et où il y avait foule. Il y avait d’ailleurs tellement foule qu’on arrivait même plus à entrer, tellement les gens étaient tassés. Mais c’était sans compter notre “privilège”, nous sommes blanches… Alors on nous a guidées vers l’entrée des artistes où après quelques hésitations, on nous a ouvert la porte pour nous permettre de nous faufiler tout en avant de la scène… Après être restée debout une dizaine de minutes, j’ai décidé de faire comme certains et d’aller m’asseoir par terre, devant la première rangée. Je suis restée assise 10 secondes avant que quelqu’un me tapote sur l’épaule pour me signaler qu’on s’était tassé pour me faire de la place… Ici, qu’on le veuille ou non, on attribue un statut particulier aux Blancs, on nous montre de la déférence, c’est gênant, mais on c’est comme ça.

Samedi à Koudougou

Ma première vraie ballade le long de la rue principale, il reste encore plein de recoins intrigants à voir, et tant de personnes à rencontrer…

Vous pouvez aussi visualiser cet album de photos sous forme de diaporama (plein écran disponible Plein écran disponible)


[Voir l'album en DIAPORAMA]

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Il y a 6 commentaires à cet article

Johanne a écrit, le 29 juillet 2009 à 21:51:

Wow, que de souvenirs de mon passage en Afrique en 1991 tu ravives! Ces femmes qui transportent tout sur leur tête, et leur bébé sur leur hanche, les routes de terre, les magasins “spécialisés”, ces regards fiers. Que de belles images, comme toujours. Continue de découvrir ta terre d’accueil, qui deviendra, je te le prédis, une deuxième maison, tout comme pour moi.

Merci de nous partager tout ça.

Johanne

Véronique Parenteau a écrit, le 29 juillet 2009 à 23:00:

Wow! Merci Nicole pour ces magnifiques photos qui me rappellent d’excellents souvenirs. Je ne suis pas allée à Koudougou, mais je reconnais tout de même dans tes photos le Burkina que j’ai connu il y a 17 ans (à Ouagadougou, à Ouahigouya, à Bobo-Dioulasso et dans leurs environs). D’une certaine façon, c’est un peu triste: le pays, les conditions de vie ne semblent pas avoir changés, même après tout ce temps. En même temps, ça m’émeut de voir ces images. Des odeurs et des sensations me reviennent… Et tu maîtrises vraiment l’art du portrait!

Véronique

iconico a écrit, le 30 juillet 2009 à 3:53:

Pour ceux et celles qui ont connu le Burkina par le passé, il y a quand même des changements qui s’opèrent, comme le développement du quartier riche de Ouagadougou, Ouaga2000, mais c’est vrai qu’en région cela ne semble évident qu’aux cd qui ont presque remplacés les k7 et aux cellulaires omniprésents….

Flo a écrit, le 30 juillet 2009 à 9:29:

Quelles descriptions! J’adore ton carnet de voyage, la façon dont tu parles de Koudougou. Et tes photos! Ton plaisir des rencontres transpire dans chacun de tes portraits: l’échange des regards, les liens que tu tisses toujours si facilement avec les autres et ses visages que tu nous offres, comme un pont entre toi, nous et eux, entre ici et là-bas. ET comme d’hab, je trippe et j’anticipe ton prochain mot !

tassadit a écrit, le 30 juillet 2009 à 10:45:

Quelle chaleur dans ces visages, on a envie d’y accoster…..
Merci pour tes textes inspirants!

Mam's a écrit, le 1 août 2009 à 4:20:

Un immense merci pour les merveilleuses photos et le très beau commentaire. C’est comme si nous étions avec toi en Afrique; tu nous fais si bien participer à la vie de ce sympathique et si chaleureux pays !
Nous t’embrassons bien fort en attendant de te voir par la magie de Skype !
Claire et Mam’s

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