Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

sur la route… des chercheurs d’or

Dimanche passé, Cyril est venu me chercher sur son cheval de métal et de plastique, et nous sommes partis faire un tour dans quelques villages environnants, une occasion pour moi de découvrir des petits morceaux de vie, comme ce campement de chercheurs d’or que je vous décris plus bas… Mais pour commencer, un petit vidéo en forme de road movie…

Chercheurs d’or

En une semaine, il est possible de devenir riche au Burkina Faso, si on est chanceux et si on accepte de creuser à la main dans les sites aurifères du pays. Il y a deux types d’endroits où l’on trouve de l’or: sur les roches dures et sur les sols sablonneux. Les roches dures, comme le quartz, révèlent des gisements filoniens : les chercheurs d’or creusent la roche pour atteindre le filon et ces roches sont alors broyées pour obtenir une poussière fine qui est ensuite lavée à l’eau pour en récupérer la poussière d’or dans le fond, l’or étant plus lourd que la roche; le tout est encore traité chimiquement par la suite pour en tirer le maximum. L’or se trouve aussi dans les sols meubles, c’est l’or alluvionnaire : on ramasse le sable et gravier et on le lave pour en extraire l’or. Comme ces deux types d’or, filonien et alluvionnaire, ne peuvent pas s’exploiter de façon commerciale, la prospection artisanale attire de nombreuses personnes durant la saison sèche, attirées par les fortunes exceptionnelles que certains orpailleurs se sont faites, parfois très rapidement. Comme actuellement c’est encore la saison des pluies, bien que la pluie soit rare en fait, les travaux sont presque au point mort sur le site que j’ai visité grâce à Cyril, mais dès qu’il sera officiellement réouvert, des dizaines de milliers de personnes se précipiteront à nouveau sur les lieux, dans une frénésie totale où l’appât du gain est la seule motivation, où peu importent les moyens employés pour atteindre la richesse…

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J’ai quand même pu entrevoir les habitations de fortune qui les hébergent durant des mois, et j’ai croisé quelques chercheurs, et chercheuses d’or, travaillant avec ardeur sous un soleil de plomb, creusant et tamisant à la main pour accumuler la précieuse poussière d’or et les minuscules pépites… En bordure du campement quelques commerces se sont installés pour subvenir aux besoins de base, et on m’a aussi dit que des prostituées ont leurs quartiers dans le village de toile…

Note: j’ai mis quelques légendes aux photos, pour les voir laissez votre souris sur la barre de contrôle dans l’image…
N’oubliez pas que le diaporama peut se voir en plein écran en cliquant sur le carré (à droite): en grand, c’est beau…

À force de creuser, retourner, piocher, trier, laver, tamiser, les chanceux obtiennent 60-70 g d’or en une semaine, ce qui équivaut à environ 200’000FCFA (500$), alors que, par exemple, le salaire d’un enseignant au secondaire est de 160’000FCFA par mois. D’autres, encore plus chanceux disent gagner l’équivalent de 400’000 FCFA par semaines… Les chercheurs d’or sont nombreux à revenir chez eux relativement riches, voire riches. Et les orpailleurs qui ont réussi affichent des signes ostensibles de richesse : grosses motos, vêtements de marque ou parés de broderies et tissus coûteux, et même voitures de luxe pour certains. On m’a dit que certains étaient devenus plusieurs fois millionnaires, en francs CFA mais quand même, en une nuit et que la fièvre de l’or les pousse à chercher, chercher et chercher encore, sans jamais pouvoir s’arrêter.

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Mais dans leur quête effrénée de richesse, ils sont exposés à de multiples dangers; par exemple ils fouillent la terre sans masque ou lunettes de protection, et la poussière s’infiltre dans leurs voies respiratoires, causant nombre de bronchites et favorisant les cas de tuberculose. Il y a parfois des chutes accidentelles dans les trous profonds ou des effondrements de galeries. En raison de la rareté et donc du coût élevé de la nourriture, les travailleurs sont généralement sous-alimentés et nombreux sont ceux qui reviennent chez eux avec des maladies sexuellement transmissibles, même si les charmes des prostituées se vendent à prix d’or : jusqu’à 10-20 fois les prix de la ville… L’eau est une denrée très précieuse car rare, donc chère : là où il y a de l’or, il n’y a pas d’eau m’expliquait notre guide, Tidiane. Toute l’eau disponible est donc destinée à la prospection, au détriment du lavage des personnes et des vêtements. Certains se lavent le vendredi après leur semaine de labeur, en retournant dans leur famille, d’autres peuvent rester un mois au campement sans verser une goutte d’eau sur leur corps…

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Les agents de santé se cassent la tête à tenter d’organiser la prévention, les visites médicales ou les vaccinations, car la mobilité des orpailleurs est très grande. Si vous imaginez un village de huttes en paille et bâches de plastique, qui était relativement petit lors de ma visite, mais qui va bientôt compter dix fois plus de monde dès la reprise officielle des activités à la fin de la saison des pluies, sans sanitaire, sans eau courante ni électricité, sauf quelques groupes électrogènes, vous pouvez imaginer les piètres conditions de vie de ses. Les autorités interdisent les activités minières à l’intérieur des galeries et puits, en raison de la saison des pluies et des risques d’éboulement des tunnels rudimentaires que cela occasionne: l’an passé, 34 personnes avaient trouvé la mort d’un coup lors d’une inondation souterraine provoquée par un éboulement, malgré l’interdiction d’opérer. Au printemps 2009 plusieurs accidents similaires ont causé le décès d’une dizaine de personnes et fin septembre 8 autres ont péri dans un éboulement. Il semble difficile d’empêcher cette ruée suicidaire vers les galeries de l’espoir qui se transforment parfois en galeries de la mort…

Pour couronner le tout les sites sont soumis à la loi de la jungle, où les plus forts dévorent les plus petits. Il y a des vols, de l’intimidation, de la violence, des accidents provoqués dans le fond des galeries et des meurtres directs. Et quand un trou « donne », il s’agit de défendre physiquement son droit d’exploitation et ne pas hésiter à se faire respecter par la force ou sinon vous voyez vos voisins se servir à votre place! C’est une vie très dangereuse que celle de chercheur d’or, les risques d’en revenir handicapé ou de ne pas revenir du tout sont grands. Et puis les rituels, croyances et sacrifices les plus divers complètent la panoplie de tout bon chercheur d’or, histoire de favoriser la chance. Et évidemment, on ajoute à tout cela l’alcoolisme et la drogue pour se désennuyer, et on a un cocktail potentiellement explosif!

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Au moins 200 000 personnes travaillent sur les 200 sites d’extraction aurifère recensés au Burkina. Un des chercheurs de la mine visitée me parlait d’un million de personnes sur son seul site, au pic de l’activité, lors de la saison sèche : je sais qu’il exagérait, mais ça donne une idée du grouillement de population que cela doit occasionner…

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Party au QG de Cyril et ses amis

Cyril a l’habitude de retrouver ses amis sous un arbre à palabres durant la journée, pour y trouver l’ombre, et juste à côté la nuit, pour profiter de la seule lueur des étoiles pour éclairer leurs conversations. Samedi soir passé, il y avait une petite fête organisée avec musique forte, bières (normalement ils restent au thé) et viande grillée: laissez vous emmener pour un petit quart d’heure dans une ambiance pleine d’éclats de rires et de musique! Écoutez un vieux tube remixé qui m’a redonné ma jeunesse, puis Joël tenter avec beaucoup de patience et de bonne humeur de trouver le pays où je suis née… La sono était forte mais on capte l’essentiel: joie et plaisir!

Malgré la musique, on distingue Joël qui travaille fort pour tenter de découvrir le pays d’où je viens… après un intermède musical qui m’a plongée 30 ans en arrière…

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Quelques joueurs de cartes, avec la sono qui crache sa musique, quand elle veut bien fonctionner…

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Il y a 8 commentaires à cet article

Lucie a écrit, le 5 octobre 2009 à 21:30:

Mais oui c’est évident ! Une Suissesse !!!
Une qui se promène en moto dans la brousse, s’assoit sur des crocodiles, discute de féminisme sous l’arbre à palabre et nous fait vivre à distance une extraordinaire aventure africaine. Une vraie Suissesse quoi …

Mam's a écrit, le 6 octobre 2009 à 8:28:

Avec Cyril qui file comme le vent sur sa moto, pas moyen de s’ennuier ! Toujours quelque chose à voir ou à entendre. Merci de nous faire vivre ces moments de complicité avec ces villageois accueillants et gais.
Ces chercheurs d’or méritent de trouver le gros filon !

Carole a écrit, le 6 octobre 2009 à 15:28:

Allo Nicole, super ce suvol de la vie de chercheur d’or, leurs mains en disent long, qu’il y ai ou non des pépites à la clé. Drôle d’y retrouver Barak Obama…

lyne larochelle a écrit, le 7 octobre 2009 à 10:16:

Ma chère,

pour moi c’est plus que des images, ce sont des frissons, des odeurs, des ambiances que je revis à travers ton périple. Tu sais que j’ai vécu 2 ans au Burkina Faso : des souvenirs impérissables et parmis les plus riches de mes années en Afrique. Y’a aussi le Bénin (décidément, on a les mêmes sentiers).
Koudougou ! Je connais, j’ai passé un nouvel an là-bas avec mes parents, ma tante Jeannine et mon amie Clémentine Kanyala (qui est de Réo, y es tu allée ? Un village trop sympa et typique Gourounsi). Cette amie est à Bobo Dioulasso, elle y travaille pour un projet lié à l’eau (allemand ?) Si tu la trouves, tu découvriras une autre belle figure de ce pays des gens intègres.

J’aime bien ton quizz du pays d’origine… Québec-Suisse vont restés dans sa mémoire désormais (tu vois la déformation du système d’éducation… La Gaule a imprimé toutes ses cartes dans la tête des gens… Hors contexte, on a du mal à croire tout cela… Bref, c’est l’histoire, c’est la vie… quelle vie !? Celle de ceux qui grouillent autour des mines d’or laisse sans mot.

Chère Nicole, bonne suite dans ton aventure que tu sembles vivre sur toutes ses dimensions à fond ! La bise xox Lyne, cousine de S.

tassadit a écrit, le 14 octobre 2009 à 20:45:

J’ai adoré la virée en moto à la découverte de nouvelles tranches de vie. La musique est vraiment sympa, ça confère un côté plus grisant à l’aventure!
Cette randonnée me rappelle celle que nous avions faite en moto à la découverte des monastères bouddhistes de Leh au Ladakh, que de merveilleux souvenirs ;-)))!!!!
Les chercheurs d’or : ça fait aventure épique, même si la réalité s’apparente plus à une tragédie sauf pour quelques rares exceptions….merci de nous faire découvrir cette réalité et avec autant de détails, c’est très évocateur et très instructif!!!
Dis-moi, c’est combien un lopin de terre aurifère dans le coin ;-)!

iconico a écrit, le 16 octobre 2009 à 2:51:

en fait, les terrains sont gratuits: tu creuses où tu veux, et tu ramasses ce que tu trouves, tout simplement (si on te laisse faire, évidemment).

mais il me semble que le truc dans la région pour s’enrichir sans se casser le dos, ni virer fou, ni se faire assassiner pour quelques pépites, est de trouver un moyen de fournir de l’eau aux chercheurs, qui en manquent cruellement: pourquoi pas amener un camion citerne sur les sites de recherche et vendre de l’eau…? je fais des plans…

Marie Bourbeau a écrit, le 23 novembre 2009 à 11:14:

Bonjour Nicole,
Patsy Hayes m’a donné l’adresse de ton site et je me régale! Je suis moi-même une grande amoureuse de l’Afrique de l’Ouest, je retourne au Bénin pour la troisième année consécutive en janvier 2010. Je prépare un blog, mariebourbeau.over-blog.com Je serais heureuse d’échanger avec toi!

ico nico a écrit, le 23 novembre 2009 à 16:49:

volontiers, marie: on essaie de se voir en 2010, au bénin ou au burkina!

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