Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

et si on sortait à koudougou?

Samedi, je suis allée à la messe. On me l’avait dit, la messe de 18h30 est en français alors que la messe en moré, la langue majoritaire au Faso, se déroule à 6h ou 8h le dimanche matin: oui vous avez bien lu, il y a une messe à 6h le dimanche matin ici! Et vous savez quoi? C’est la messe qui reçoit la plus grande affluence! Tout de suite j’ai pensé que c’est parce que les gens qui sortent danser au Kundé le samedi soir ne se couchent pas et sautent directement à l’église, mais, bien qu’il y ait beaucoup de jeunes dans les églises ici, ce n’est pas la raison pour laquelle les gens s’agglutinent même tout autour de l’église, jusque sur son parvis où les haut-parleurs diffusent la messe. Non. C’est parce que les gens ont d’autres choses à faire le dimanche, ils sont occupés, alors ils se pressent tôt le matin pour écouter la parole divine et ensuite pouvoir vaquer à leurs obligations. Mais vous êtes sûrement comme moi, vous vous demandez ce que les gens ont de si pressé à faire le dimanche après la messe? Pour quelle raison le temps qui paraît inépuisable durant la semaine, sous l’arbre à palabres, devant un petit étal d’arachides crues ou bouillies, autour d’une tasse de thé noir, gingembré et très sucré ou encore allongé à l’ombre sur une natte, pourquoi se temps devient-il tout à coup une denrée si précieuse le dimanche? Tout simplement parce que le dimanche est consacré aux visites familiales et que souvent la famille habite dans les petits villages enfoncés dans la brousse; alors après la messe la plupart des gens se déplacent non pas pour aller magasiner comme chez nous, mais pour aller honorer les anciens, pour saluer les frères, oncles, grand-mères ou autres cousins plus ou moins éloignés.

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Enfin, je me déplacerai probablement le premier dimanche d’octobre pour la messe de 8h car on y célèbre les baptêmes, mais pour une première fois j’ai pensé que la messe en français et le soir, ce serait une meilleure option. Sans connaître, on se fait des idées sur les messes africaines: on imagine l’église pleine à craquer, on a vu des films où les messes sont davantage chantées et dansées que récitées ou administrées, on pense que tout le monde sourit et paraît heureux… Alors on va à la messe pour confronter nos préjugés, notre imaginaire, à la réalité. Et on se rend compte que tout était vrai, que tout ce qu’on avait imaginé était juste, mais qu’il manquait l’intensité de chaque chose, la vibration de la voûte de l’église (voûte toute imagée car le toit de tôle n’offre pas cette option) sous la clameur des chants enthousiastes, la brillance des couleurs, la chaleur des sourires, la sympathie de l’accueil. Vraiment, si nos églises offraient autant de chansons, de mouvements, de plaisir, oui de plaisir, elles auraient moins de mal à remplir leurs trois premières rangées! Le pape doit être aux anges quand il vient par ici, et je le comprends, cette ferveur, même si elle cache aussi la misère, est communicative! Allez allez, pas de soucis, je ne suis pas devenue une grenouille de bénitier en une soirée, mais j’ai apprécié l’enthousiasme général, la gaieté et la simplicité du moment.

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L’église, vide, durant la semaine

J’avais un peu peur que les différentes annonces des événements de la paroisse, des mariages, décès ou autres activités prenne beaucoup de temps, mais finalement tout était fait en 1h30 et à 20h tout était fini, en chanson évidemment. J’ai enregistré la cérémonie entière, mais je n’ai sélectionné que 6 minutes, alors fermez les yeux, tapez des mains, balancez-vous d’un pied à l’autre et laissez-vous emporter par la grâce divine: je parie qu’il y a fort longtemps que vous n’êtes allés à la messe sans obligation, je me trompe?

Quelques extraits de la messe haute en couleurs et en chansons de l’église Bourkina de Koudougou, samedi 12 septembre 2009. L’enthousiasme était si fort que l’enregistrement est saturé vers la fin, ne vous en formalisez pas et chantez!

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Sous l’arbre à palabres…

Dimanche après-midi je suis partie me promener en vélo et peu de temps après mon départ, je me suis faite hélée par un groupe de jeunes hommes assis sous un arbre à palabres. Vous savez ce que c’est un arbre à palabres, évidemment, n’est-ce pas? Juste un arbre, n’importe lequel, sous lequel on s’installe pour palabrer à loisir. Ce sont essentiellement, voire quasiment uniquement, des hommes qui s’installent sous ces arbres: les femmes travaillent, elles… Et justement, je me suis arrêtée alors qu’ils m’invitaient à partager le thé avec eux, et il était délicieusement gingembré (je sais que ça n’existe pas ce mot-là, mais ça devrait), et nous avons palabré. Un peu de politique, évidemment, de mon projet ici aussi, mais surtout des femmes: de ces quelques rebelles qui aimeraient être libérées du joug masculin, de ces femmes qui veulent de la liberté et de l’émancipation, qui réclament des droits et négligent leurs devoirs…

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Évidemment, vous êtes comme moi, vous voulez savoir ce que sont leurs devoirs: respect du mari, fidélité, soin des enfants, etc. Et aussi ceux des hommes: protection, fidélité… et là tout le monde a ri, si si, je vous jure. Mais ma machine intérieure s’est vraiment mise à surchauffer quand l’un d’entre eux, un seul parlait mais soudain un second a senti le besoin d’exprimer ce qu’il avait profondément dans le coeur, et a dit: la femme doit être confinée dans son ignorance pour que l’homme puisse garder tout son contrôle sur elle… Ouille, que ça fait mal d’entendre ça!!! J’ai bondi d’un mètre sur ma chaise et mon moulin à paroles s’est mis en route: respect, confiance, égalité, et tout et tout et tout. Je n’étais pas arrêtable Et alors nous avons eu une bonne discussion, quasiment une heure, sur les relations hommes-femmes quasi exclusivement, je les ai notamment incités à faire bouger les choses tranquillement, autour d’eux, avec leurs femmes, leurs soeurs, leurs voisines, leurs filles. Sans avoir peur d’elles, ce qui les a bien fait rire, mais j’ai insisté: sans avoir peur d’elles, en les assurant que traiter d’égal à égal avec une partenaire allait leur apporter beaucoup plus de satisfaction qu’une relation de pouvoir. Et aussi sans attendre que les choses changent, mais de faire changer les choses. Enfin, vous voyez le genre. Et bien à la fin ils m’ont remerciée, m’assurant qu’on ne leur avait jamais dit ce genre de trucs, que ça les faisait réfléchir… Waow, j’ai senti une petite brise de l’espoir faire frémir les feuilles de l’arbre à palabres…

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Et pour le plaisir…

Comme je suis très en mots, en touche, en clavier ce soir, alors j’en profite pour vous faire partager une petite sortie que j’ai faite avec Cyril au théâtre populaire en plein air de Koudougou samedi soir: voici un petit sketch sur un fait de société qui gangrène l’Afrique… En route pour 14 minutes…

Attention: toc… toc… toc… entrée des artistes! Une partie est en moré, mais vous verrez que la gestuelle nous aide à comprendre et que le propos n’est pas trop compliqué. Puis il y a du français.

De nombreuses équipes participent à cette soirée et un jury se charge de faire un classement ou quelque chose du genre puisque nous étions en demi-finales. La grande finale est prévue le 3 octobre, avec plein de chanteurs et danseurs. Évidemment, je ne vous montre qu’un des sketchs présentés, mais la soirée était bien remplie: de 20h30 à près de 2h du matin, non stop… Mes fesses avaient compris la leçon de ma première soirée assise sur un banc de béton durant 4 heures: je m’étais apportée une petite couverture pliée pour me donner un peu de confort, cette fois-ci…

J’ai d’autres extraits, je verrai pour en mettre, peut-être… Si vous êtes gentils et que vous me le demandez en nombre… ;-)

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Il y a 4 commentaires à cet article

Anne-Laure a écrit, le 15 septembre 2009 à 7:37:

J’aime tes photos mais j’aime encore plus te lire. C’est instructif pour une occidentale comme moi qui n’a jamais mis les pieds au BF ni même sur le continent Africain. Occupation professionnelle oblige, mon thème préféré est la scolarité. J’ai bien compris que tu ne t’occupais que des classes primaires mais si un jour tu as le temps, j’aimerais bien que tu nous parles de la situation au collégial (lycée). Par exemple, nous nous sommes un peu appropriés des initiatives comme le OLPC (One Laptop Per Child) et Classmat mais à l’origine elles étaient destinées aux pays en voie de développement… En reste-t’il quelque chose ici ? Et aussi, as-tu une idée du taux de connexion Internet par collège ?

Mamma Normandica
(qui ne voit pas comment son bidon peut encore grossir alors qu’il reste encore 3 mois)
t’envoie des becs mouillés de pluie!

(PS J’ai aussi aimé ton escapade à la messe… mais ça, tu sais pourquoi !)

tassadit a écrit, le 15 septembre 2009 à 12:18:

Toi qui souhaitais vivre l’expérience d’une messe africaine depuis longtemps, je suis contente que tes attentes aient été comblées!!! en effet la ferveur est communicative. Ça donne envie d’aller à l’église tous les dimanches (je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour ;-)!) et tes textes sont un pur bonheur, ils véhiculent tellement bien tes émotions qu’il est aisé de vivre tes expériences par procuration…
Bon, je retourne sans tarder sous l’arbre à palabres vivre la suite de tes aventures ma belle!

Emeline a écrit, le 15 septembre 2009 à 13:31:

Que c’est bon de te lire Nicole !!! ON en demande encore et encore.
Mes crocs féministes égalitaires vont avoir du mal à rentrer pour les prochaines jours mais tu es au moins là pour en parler, avec nous, avec eux. Tenter de faire avancer sans brusquer, dans l’ouverture et le respect.
Toutes tes notes me donnent envie d’aller te voir pour partager avec toi, découvrir complètement.
Quel exploit, toi qui connait mon aversion de la chaleur !
Au plaisir de t’entendre nous raconter cela avec tes yeux qui pétillent.

iconico a écrit, le 17 septembre 2009 à 19:41:

woaw, que de beaux commentaires: je suis super gâtée, encore encore! merci à vous trois pour vos compliments, ça me touche.

émeline, il y a des quoi sortir les crocs par ici, mais comme tu dis, tranquille tranquille, on ne brusque pas… pis si tu veux venir, sache que les grosses chaleurs sont passées, on s’en va vers la saison froide… ;-)

tassadit qui veut s’en aller à la messe tous les dimanches, et bien…! si tu veux venir dimanche prochain, c’est sans problème…

anne-laure! ça faisait un bail! je suis bien heureuse de te faire voyager par procuration, sans visa, sans vaccin… tu t’informes des TIC au collégial et bien si je compare avec la situation des universités que j’ai visitées, je peux te dire que les collèges doivent être très pauvres dans ce domaine: ici à koudougou les étudiants n’ont accès aux ordinateurs que durant les cours d’informatique qu’ils reçoivent, ils ne peuvent pas accéder au labo en dehors de cela (l’internet, c’est pour les cyber cafés). je crois d’ailleurs qu’ils remettent toujours des travaux écrits à la main ou tapés à la machine dans le meilleur des cas…
quant aux xo ou olpc, personne (ou presque) ne les connaît ici, et c’est moi qui leur en parle et ensuite leurs yeux brillent et ils veulent tous en avoir! mais ils ont été développés pour ici, où sont-ils? enfin, le déploiement de xo fait partie de notre projet de bibliothèque numérique pour la jeunesse francophone du sud, alors gardons espoir!

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