Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

ouidah l’émouvante

Lors de notre séjour au Bénin, nous avons passé deux jours au bord de l’océan, à Ouidah. Ouidah est le lieu le plus important de la religion vaudou au Bénin et dans le monde puisque le Bénin est la patrie du vaudou. Depuis 1992, la ville accueille d’ailleurs un festival mondial consacré à l’art et à la culture du vaudou le 10 janvier de chaque année, journée déclarée fête nationale. C’est aussi dans cette ville qu’a eu lieu le fructueux commerce des esclaves, embarqués vers l’Europe, les Antilles et les Amériques pour travailler dans les plantations, comme employés de maison ou tout autre main d’oeuvre gratuite dont on use et abuse…

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Pour mieux comprendre la triste histoire de la ville et de l’esclavage, nous sommes allées visiter le musée de l’esclavage situé dans l’enceinte de l’ancien fort portugais. À l’origine, c’était là que les Portugais faisaient le commerce des esclaves, et tout au long de son histoire jusqu’au moment où il fut pris par le royaume du Dahomey, en 1961, le fort servait de site diplomatique portugais dans la zone. Après qu’il soit devenu la propriété du Dahomey, le gouvernement a commencé sa restauration et, en 1967, le fort est devenu le Musée d’Histoire de Ouidah.

Écoutez donc quelques extraits de cette visite…

Quelques extraits de la visite de l’ancien fort portugais de Ouidah, maintenant transformé en musée de l’esclavage… À écouter en regardant le diaporama, évidemment!

Psst: en grand, c’est encore plus beau…

Si vous souhaitez mieux comprendre Ouidah, je vous propose de lire ce texte tiré du site
http://www.cpadd.org/spip.php?rubrique9:

L’histoire de Ouidah

Le métissage culturel résultant de la rencontre ou du choc des cultures avec les pays occidentaux a orchestré le rayonnement du syncrétisme religieux à travers la présence, au cœur de la ville, la première basilique du Bénin construite en face du Temple des pythons.

Place Chacha, la place des enchères

Située devant l’ancienne maison du négrier brésilien Chacha Félix de Souza, la place des Enchères constitue la première étape, le point de départ de la route des esclaves, longue de 4 km. Cette place a vu le jour en 1717 après la défaite du royaume Houéda contre celui d’Agbomè. Devenu territoire sous son protectorat, le roi Ghezo, roi d’Abomey d’alors, confia à son ami Chacha Félix l’administration et la gestion de cette nouvelle contrée annexée. Au lieu de tuer les prisonniers de guerre, on les soumettait à des travaux forcés mais l’idée germa de les envoyer travailler dans les plantations en Europe et en Amérique. Ainsi les prisonniers de guerre, les victimes de razzias, ceux qui se rendaient coupables d’adultères par exemple furent vendus aux Européens sur cette place. L’essor vertigineux de ce commerce incita le grand négrier à élargir son marché d’esclaves.
Ainsi, les bras valides, les princes et les princesses furent vendus. Ils étaient troqués contre des marchandises parfois de peu de valeur (canons, alcools, fusils, miroirs, chapeaux, pacotilles, etc.). Un miroir, par exemple, équivalait à 40-50 esclaves. Parfois tous les habitants d’un même quartier étaient vendus : comme dans le quartier Brésil de Ouidah. Après la vente, ils étaient enchaînés au cou et aux mains. Le départ vers l’autre monde est sonné. De la place des enchères, les esclaves se dirigeaient vers l’arbre de l’oubli pour un dernier rituel.

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L’arbre de l’oubli

À cet endroit de la route des Esclaves se trouvait un arbre qui revêt un sens particulier dans la culture des peuples de Danxomè : c’est l’arbre de l’oubli. Les esclaves s’y livraient à un rituel. Les femmes, parce qu’elles ont sept côtes, faisaient sept fois le tour de l’arbre et les hommes, neuf fois.
L’importance de ce rituel est d’amener les esclaves à oublier leur passé, leur culture, leur origine. Bref, leur identité. Une fois ce rite accompli, les esclaves se dirigent directement vers Zoungbodji, un village situé non loin du quartier Brésil pour être parqués dans des concessions de fortune en attendant l’arrivée des navires. De nos jours est planté, à la place de l’arbre de l’oubli, un kpatiman (ou hysope). C’est un arbre de purification employé depuis des siècles au Bénin ; il sert à préparer des infusions pendant les cérémonies à Ouidah.

La case de zomaï

Les esclaves étaient enfermés dès leur arrivée dans de petites cases aveugles, pendant trois à quatre mois. Cette séquestration absolue les désorientait totalement, ils restaient durant tout leur séjour dans l’obscurité totale, ce qui empêchait toutes tentatives de fuite ou de rébellion. Zomaï signifie ” là où le feu ne va pas “. Les survivants étaient, de ce fait, préparés à subir les conditions de vie dans les cales des bateaux. Les morts eux, sont enterrés dans une fosse commune à 100 m de la case de Zomaï. Les cases n’existent plus sur les lieux, mais un monument y a été érigé pour immortaliser ce souvenir, c’est le Mémorial de Zoungbodji. En 1992, sous l’égide de l’Unesco, il a été opéré une fouille de ce site. Tandis que les ossements furent inhumés dans le mémorial, les objets découverts sont exposés au musée de Ouidah.

La porte du non-retour

C’est la dernière étape de la route, celle de la désespérance et de la désolation. La dernière marche vers l’ailleurs. Arrivés au bord de la mer, les esclaves les plus désespérés prenaient du sable et en mangeaient ; d’autres s’étranglaient au moyen de leurs chaînes afin de mourir sur la terre de leurs aïeux. Pour atteindre les bateaux qui les attendaient, la traversée se faisait grâce à de petites pirogues. Dans les bateaux, ils sont parqués et entassés comme des sardines dans les cales. Les uns résistaient jusqu’à la destination, d’autres, en pleine traversée mouraient et étaient jetés en mer. Lors du Premier festival mondial des arts et cultures Vaudou, une plaque a été apposée sur la place : “Les esclaves, en arrivant sur cette plage de Djègbadji voulaient savoir pour la dernière fois le sort de l’Afrique et s’en allaient sans espoir de retour vers un destin horrible, funeste.”

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C’est ce qui symbolise la partie du mémorial tournée vers la ville de Ouidah : tolérance, écoute mutuelle et cohésion pacifique des peuples. La République du Bénin et l’Unesco ont voulu instituer la mémoire afin d’empêcher l’amnésie historique de s’installer et le silence de tuer une seconde fois ces dizaines de millions d’esclaves qui ont enrichi par leur sang et par leur sueur les initiateurs et les destinataires du commerce triangulaire du bois d’ébène. C’est le début du processus de la mondialisation où les peuples Noirs ont apporté leur part de culture au monde

Au bord de l’océan, tout simplement, tout doucement

Et pour conclure, en cette journée du 999, je vous ai préparé un petit moment de détente et de recueillement… (vous pouvez aussi télécharger une version très légère du fichier)

On s’installe confortablement, on se relaxe, on se détend…

NOTE: Si le visionnement ne se fait pas bien en ligne, c’est-à-dire si l’image n’est pas fluide ou si le film coupe avant le générique de fin, vous pouvez aussi télécharger une version très légère du fichier et le regarder ensuite tranquillement sur votre ordinateur, baladeur ou tout autre gadget de votre choix, en petit….


Agrandir le plan

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Il y a 7 commentaires à cet article

olivier a écrit, le 9 septembre 2009 à 10:10:

Hello Nicole,

Ça y est nous sommes le 09.09.09. On s’était donné rendez-vous à Montréal pour une fête, lors de ton départ de Neuchâtel!!! Mais tu as filé sous d’autres latitudes et au bout d’un autre rêve tout aussi louable. Je regarde tes photos avec toujours beaucoup d’admiration, on a regardé ce soir les photos de l’école et les crocodiles avec les enfants, Maxime se demandait si c’était toi la maîtresse! Je te remets un mail bientôt sur ton autre adresse pour la suite mais on ne voulait pas rater la date symbolique du 999.

Olivier, Isabelle, Justine, Valentine et Maxime t’embrassent.

Lucie a écrit, le 9 septembre 2009 à 19:02:

Je n’ai pas tout vu de cette section sur l’histoire de l’esclavage. J’ai déroulé l’écran jusqu’à la mer… que j’adore. Comme mon retour au travail me rentre dedans, j’ai grandement apprécié les vagues et l’invitation à la détente. À un moment, je me suis même identifiée à ce petit crabe qui en prend plein la gueule et qui s’accroche… Mais je sais que lorsque j’aurai pris le temps de lire l’histoire de Ouidah, je vais relativiser mes petits inconforts existentiels… et alors le petit crabe deviendra une parfaite métaphore du courage et de la ténacité du peuple africain. C’est là où réside tout ton talent Nicole… le message passe avec des belles nuances et toujours ce petit sourire en coin ;-)

iconico a écrit, le 10 septembre 2009 à 3:20:

waow, lucie, ton commentaire me fait particulièrement plaisir: je peux ressentir comment mes images te touchent directement, comment mon message réussit à traverser l’océan pour se rendre à toi… un grand merci d’être à l’écoute, lucie…

tassadit a écrit, le 10 septembre 2009 à 13:22:

Je ne me lasse pas de te le dire : ton site est fantastique!
Chaque matin, lorsque j’ouvre la fenêtre, je me retrouve dans une rue colorée d’un village africain et chaque fois je m’émerveille des couleurs, je me réjouis des sons et me régale de tes descriptions et tes aventures!
Quelle chance nous avons de pouvoir d’un seul petit clic, découvrir la réalité de ce peuple, son quotidien, sa culture, ses doutes, ses espoirs, son attitude positive malgré un niveau de vie précaire et ses initiatives pour se donner les moyens d’une vie meilleure. Et tout ceci à travers le regard d’une femme sensible, altruiste, passionnée et généreuse! Quel privilège! Généreuse, en effet, je sais le temps que cela te prends à préparer tout ce matériel en plus de ta mission là-bas et tout ceci dans le but de nous faire voyager avec toi et je sais aussi que tu peux te sentir seule et isolée parfois et combien notre support à travers les commentaires d’appréciation laissés sur ton site doivent être importants pour toi, pour supporter la distance et t’encourager à nous faire rêver encore…
Car si le but de ton voyage en Afrique est de contribuer à un meilleur accès à la connaissance, le nôtre est de te soutenir en te remerciant pour ce merveilleux partage et cette fenêtre ouverte sur l’inconnu….

iconico a écrit, le 10 septembre 2009 à 13:45:

et bien, et bien, voici un généreux commentaire, ma belle, et plein d’encouragements pour moi! c’est absolument vrai que vos commentaires à toutes et tous me touchent et me permettent de garder le lien avec vous… alors merci à vous qui prenez le temps de laisser quelques mots au hasard de vos coups de coeur, je les apprécie à chaque fois avec le même plaisir!

Mam's a écrit, le 11 septembre 2009 à 13:08:

Merci mille fois Nicou pour ces merveilleuses images, spécialement celles de l’Océan qui permettent un instant de recueillement en cette triste journée du souvenir du 11 septembre 2001.
Tassadit a formulé à la perfection ce que je ressens moi-même. Toujours en pensées avec toi.

tassadit a écrit, le 13 septembre 2009 à 15:37:

La musique envoûtante de Levon Minassian accompagne merveilleusement le mouvement libre des vagues impétueuses et nous invite à un voyage mystique que l’on voudrait prolonger encore et encore…..

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