Vues sur Koudougou | Carnets d'une coopérante au pays des hommes intègres

pluie désastreuse

À notre retour du Bénin dimanche passé, Estelle et moi, nous avons trouvé la saison des pluies bien installée au Burkina Faso, mais nous avons eu la chance de revenir deux jours avant l’énorme pluie qui s’est abattue sur le pays le 1er septembre, tout particulièrement à Ouagadougou où les dégâts sont considérables et qui a causé la mort d’au moins 8 personnes, alors que des dizaines de milliers d’autres ont perdu le peu qu’elles avaient quand 25’000 petites maisons en terre se sont effondrées… Certains n’ont plus que les vêtements qu’ils portent.

De mémoire d’homme, personne n’avait vu tomber autant d’eau durant si longtemps, même en saison des pluies: le Burkina Faso est un pays subsahélien, donc chaud et sec comme on m’avait bien prévenue avant mon départ; durant la saison des pluies, il pleut quelques heures, certains jours, mais jamais comme mardi passé: plus de 12 heures de pluie intensive ont complètement saturé les faibles capacités d’évacuation des eaux et remplis les barrages, dont les digues de certains ont ensuite lâché… Apparemment, l’équivalent du quart des précipitations annuelles s’est déversé en quelques heures, soit 263 mm! Ce qui a fait dire au Premier Ministre burkinabé Tertius Zongo: “de toute l’histoire de notre pays, pareille pluie n’a jamais été enregistrée, à telle enseigne que de l’avis des spécialistes, on pourrait parler de pluie déca-millénaire c’est-à-dire une pluie qui n’interviendrait que sur dix mille ans.”

Quatre ponts se sont écroulés et 8 autres ont sérieusement souffert, ce qui complique sérieusement la circulation dans cette ville déjà bien encombrée, des dizaines de milliers de maison ont été détruites ou sérieusement endommagées et plusieurs personnes ont trouvé la mort dans ces inondations exceptionnelles: l’eau est montée jusqu’à 1,5 mètre et arrivait au toit des voitures dans certains quartiers, et même l’hôpital universitaire a été partiellement inondé quand un mur a cédé sous la pression des eaux échappées d’un barrage proche et a dû être évacué. De plus, beaucoup d’équipement informatique a été détruit et des archives ont été endommagées, notamment celles de la médiathèque du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).

Ouagadougou est une zone sinistrée, même cinq jours plus tard, et plus d’une centaine de centres d’accueil ont dû être ouverts pour héberger près de 130’000 sans-abris. Les dégâts enregistrés, tant pour les particuliers que pour l’État, sont colossaux et les moyens manquent pour reloger les dizaines de milliers de sinistrés et reconstruire les bâtiments et les 12 ponts endommagés ou détruits. Et ici, bien entendu, presque personne ne peut se payer une assurance. Et pendant ce temps, le président du pays, Blaise Compaoré, était en Lybie, avec ce cher Kadhafi dont la dernière lybie, heu lubie est de démanteler la Suisse en raison d’un contentieux entre les deux pays suite aux déboires judiciaires de son fils Hannibal à Genève l’année dernière et qui retient toujours deux otages helvétiques dans son pays…

Et à Koudougou?

Enfin, en ce qui concerne Koudougou, on a reçu beaucoup d’eau, beaucoup, et longtemps, mais rien de comparable à Ouaga: aucun dégât majeur à signaler et nous n’avons que subi une coupure d’électricité de 24 heures.

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Une coupure d’électricité de 24 heures, c’est romantique, mais long…

Évidemment, j’ai filmé quelques instants de cette pluie diluvienne, sans savoir qu’elle causerait autant de désolation à moins d’une heure de route d’ici… Voici ce que je vous propose:

Alors je vous propose un petit clin d’oeil à la pluie sous forme de vidéo…

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Et bien entendu: après la pluie, le beau temps…

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Un poissonnier s’inquiète de la longue coupure de courant sur la congélation de ses poissons qui arrivent de loin.

Ce soir, ce soir on danse…!

Samedi soir, Cyril m’a emmenée sur son cheval de métal (et de plastique) et nous sommes partis danser au Kundé, une discothèque en plein air. Nous y étions déjà allés il y a environ un mois, et il me faisait plaisir de renouveler l’expérience. Avant d’aller au Kundé, nous avons fait un arrêt à son “QG”, c’est-à-dire retrouver ses amis sous un “arbre à palabres”, lieu propice aux discussions autour de petits verres de thé burkinabé, noir, minuscule et très sucré. Ces jeunes ont des rêves et des aspirations, mais surtout de grandes désillusions face à la corruption, la censure, les pressions, le manque de solidarité…

Enfin, nous nous sommes finalement rendus à la discothèque où il y avait pas mal de monde, mais moins qu’il y a un mois, peut-être que la menace de l’orage avec ses éclairs muets mais impressionnants en a découragé plus d’un. D’ailleurs c’est sous la pluie drue que nous sommes revenus de notre soirée, à moto… Au Kundé, il y a beaucoup de blanc, mais peu de Blancs: le blanc dans l’habillement est à l’honneur dans les sombres nuits koudougoulaises, mais j’étais la seule Blanche de l’assistance, maintenant que tous les touristes ont regagné leurs contrées… Et l’obscurité des recoins de la discothèque est parsemée des éclairs des cellulaires omniprésents: tout le monde en a un, deux ou trois pour profiter des différentes couvertures de réseau, et tout le monde joue, écrit, lit, écoute, regarde ou parle à son téléphone. Cyril m’a d’ailleurs montré une collection de photos de lui, de rappeurs, de rastas, de catcheurs et autres footballeurs, et au milieu de cette testostérone qu’elle n’a pas été ma surprise de découvrir une image de la vierge Marie et une autre de Jésus, dans leurs halos respectifs…

De la musique forte, de la musique africaine de toute sorte, du reggae, du rap, du raga, un peu de musique américaine et électronique, et beaucoup de salsa: un bon mix, inspirant pour la danse. Un jeune homme a tenté de m’initier à une danse étrange, j’ai bien tenté, mais je n’ai pas encore compris le sens de ces penchages par en avant, par en arrière, de ces tournages de pieds vers l’extérieur, de ses petits coups de jambes: j’aurai besoin d’une autre séance pour mieux saisir la chose!

L’atmosphère est bon-enfant et les gens s’amusent joyeusement. Une chose est appréciable, lorsque tu as choisi une table est rassemblé quelques chaises autour, tu peux déposer tes bières et partir danser sans aucune souci: personne ne prendra tes sièges ou tes boissons, les gens respectent ton espace. Et ce qui est notable aussi, c’est que tout le monde a le sens du rythme ici: tout le monde ne danse pas extraordinairement, mais personne n’est raide comme un piquet ou off-beat comme beaucoup chez nous… Une excellente soirée donc, à refaire!

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Il y a 4 commentaires à cet article

Mam's a écrit, le 7 septembre 2009 à 7:57:

Bravo pour ton petit clin d’oeil à la pluie accompagné d’une super musique!

En ce qui concerne Ouaga et ses habitants c’est nettement plus triste.Heureusement, comme tu le dis : après la pluie vient le beau temps.

Patricia Bergeron a écrit, le 7 septembre 2009 à 11:22:

Bonjour Nicole, en effet bcp de pluie et c’est bien tragique ce qui se passe à Ouaga. Pluie-déca millénaire c’est quelque chose… Étrange de voir l’effet dévastateur d’une chose naturelle (la pluie) dont ils ont besoin mais pas en si grande quantité…. Merci encore pour tes photos et vidéos, ton blogue est inspirant.

iconico a écrit, le 8 septembre 2009 à 16:21:

La situation revient progressivement à la normale dans la capitale burkinabé, et les pluies nous épargnent: fiou!

lulu+léo+oli+isa a écrit, le 19 septembre 2009 à 14:46:

Parfois, on se fait plaisir avec tes images et tes sons quand nous sommes tous les 4 à la maison. Ce soir, avons même fait un feu, car l’automne pointe le bout de son nez. Tu nous emmènes ailleurs, ça permet de réfléchir et de comprendre le monde et de se connaître soi-même un peu mieux. Merci.

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